Incredible India, Entre Chaos et Inspiration – Chapitre 1

L’escale à la Réunion m’avait fait l’effet de véritables vacances : tranquillité, facilité d’adaptation, peu de transport et pas de difficulté de communication. Revers de la médaille, je m’étais ramolli et mes reflexes de routard s’étaient émoussées. Le retour à l’aventure a été sportif : arrivée de nuit en Inde, passage délicat à la douane (décidemment !), difficultés pour retirer de l’argent et négociation ardue avec les taxis. Après cette rapide remise dans le bain, j’ai pu me lancer à la découverte de « l’Incroyable Inde ».

Mario Kart, une inspiration venue d’Inde ?

Je suis arrivé en Inde par le sud-est du pays, à Chennai. Autrefois connue sous le nom de Madras, cette ville de 10 millions d’habitants présente peu d’intérêt en termes de tourisme, comme me l’avait « gentiment » fait remarquer le douanier de l’aéroport : « Pourquoi est-ce que vous venez à Chennai ? Il n’y a rien pour les touristes, ce n’est que pour le business. Vous faites quoi ici ?! » Gloups !

Effectivement, à Chennai il n’y a pas grand-chose à faire, j’avais même l’impression d’être le seul touriste. Cette ville m’a toutefois permis de m’acclimater tranquillement au pays, notamment à la circulation… car la route en Inde, c’est le chaos ! Pas de règle, pas de priorité, pas de galanterie. Que vous soyez en voiture, tuk-tuk, moto, scooter, bus, camion de chantier, tout le monde essaie de doubler tout le monde. A la moindre inattention, c’est toute une file de véhicules qui se faufile devant vous. Les 2 voies se transforment rapidement en 3, 4 voire 5 voies. Et quand votre chauffeur de bus particulièrement obstiné décide de dépasser un véhicule alors qu’un poids lourd arrive en face en faisant de grands appels de phares, vous devenez rapidement religieux.

Ajouter à cela des nids de poule de la taille de cratères de comètes, des vaches vraiment détendues qui vagabondent au milieu de la chaussée et un concert de klaxons plus violent qu’un festival de trash-métal, voilà à quoi vous devez vous attendre en Inde !

Pimp My Tuk-Tuk

Comme souvent en Asie, les trottoirs sont impraticables. Quand ils ne sont pas encombrés par les étals de marchands ambulants, ils servent de parking pour les 2 roues. En tant que piéton, pas le choix, il vous faut marcher sur le bord de la route. Le grand coup de klaxon qui vous fera sauvagement sursauter n’aura rien de personnel… et après une demi-douzaine d’arrêts cardiaques, vous finirez par vous habituer.

Au bout de quelques jours, j’ai réussi à quitter ce sympathique chaos pour traverser la magnifique Mahäbalipuram, ville portuaire aux incroyables fresques et temples sculptés dans la roche.  Je me suis ensuite dirigé vers Pondichéry, ancienne colonie française où j’ai pu renouer avec le délicieux petit déjeuner croissant/chocolatine. Et c’est là que j’ai entendu parler de la cité voisine, Auroville…

Une Communauté de Changemakers

Auroville a été créée en 1968 sous l’égide de l’UNESCO, en présence de représentants de 124 pays. Cette ville expérimentale dédiée à l’unité humaine est décrite par ses créateurs comme étant « le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ».

Je vous avoue que j’avais un léger apriori… une ville de hippies bloqués dans la faille spatio-temporelle des années 70 ?! Je suis quand même allé y jeter un œil par curiosité.  Le « centre des visiteurs » permet de se plonger dans l’histoire de la création de cette cité et de mieux comprendre le projet. On peut aussi apercevoir Matrimandir, l’immense monument sphérique doré, symbole et centre spirituel de la ville.

Vue Aérienne de Auroville

J’étais frustré de ne pas pouvoir vraiment entrer dans le village pour aller à la rencontre des habitants et en savoir plus sur l’évolution de leur projet commun. J’aurai souhaité creuser d’avantage mais sans contact sur place, l’opération me semblait difficile. Je suis donc rentré à Pondicherry et j’ai planifié la suite de mon itinéraire vers le sud.

La veille de mon départ, j’ai échangé quelques mots avec Shardul, mon nouveau voisin de dortoir. Coup de chance, cet étudiant en architecture revenait justement d’un stage d’éco-construction à Auroville ! Eco-conception, UpCycling, zéro déchet, les projets étudiés étaient passionnants. A la fin de notre conversation, Shardul m’a donné deux contacts et le lendemain, je réorganisais mon séjour pour pouvoir les rencontrer.

Quelques jours plus tard, j’étais de retour à Auroville mais plus en tant que touriste. J’allais pouvoir sauter la barrière qui sépare les simples badauds des habitant de cette mystérieuse communauté…

J’ai commencé ma visite par un tour dans les locaux de EcoServices, le centre de gestion des déchets de la communauté d’Auroville. J’ai été accueilli par Palani, l’un des responsables du centre, qui m’a présenté une partie de leurs travaux de recherche. L’objectif : réduire au maximum l’impact de la communauté sur l’environnement. En plus d’une démarche « zéro déchet », Palani travaille avec ses collègues sur des blocs de construction hybrides ciment/déchet plastique. Ces derniers présenteraient plusieurs avantages : valoriser les déchets plastiques et limiter la quantité de béton, fort émetteur de CO2, nécessaire à la fabrication des blocs. Plusieurs recettes ont été testées et des résultats avec plus de 70% de déchets plastiques semblaient déjà satisfaisants. Encourageant tout ça !

Faire « Pousser » des Maisons

J’ai ensuite rejoint Manu GOPALAN, l’architecte principale du projet de logement écologique « Sacred Groves » à la Maison Internationale d’Auroville. Il m’avait invité à suivre une visite de présentation qu’il devait animer pour un groupe d’étudiant en architecture de l’Université de Coimbatore.

Manu et les étudiants devant la Maison Internationale d’Auroville

L’histoire de Manu est source d’inspiration. Après ses études d’architecte, il s’est lancé dans un voyage de 60 jours dans les zones reculées de l’Inde avec une troupe de théâtre de rue. Les villages qu’il a traversés étaient victimes de la pollution générée par les mines et cimenteries environnantes. L’eau et l’air y étaient pollués, les anciennes forêts rasées et les tribus déplacées.

En tant qu’architecte, Manu s’est senti responsable de ce désastre car ces industries polluantes lui fournissaient ses matériaux. Ce voyage l’a profondément transformé. Il a alors décidé de se mettre à la cherche de solutions durables : matériaux naturels de substitution, nouvelles (et anciennes !) méthodes de construction, système managérial pour travailler avec des volontaires et ouvriers peu qualifiés.

La très inspirante histoire de Manu

L’un des exemples les plus frappant est l’utilisation du palmier. Cet arbre, considéré à tort comme un déchet, est en fait plus dense et résistant que le teck. Cette ressource est très abondante en Inde et particulièrement rentable car les gens sont prêts à payer pour s’en débarrasser.

Pour valider l’aspect environnemental de ses travaux, Manu a effectué une étude comparative de l’empreinte carbone d’une maison de 90m2. Une construction industrielle relâcherait 4 tonnes de carbones alors qu’une construction naturelle serait à même d’en absorber 6,5 tonnes. Un écart de plus 10 tonnes par maison ! Manu s’est rendu compte qu’en tant qu’architecte, il pouvait avoir un impact positif bien plus important que la majorité des métiers. Ce magnifique pouvoir lui a permis d’en finir avec la culpabilité.

A présent, en se basant sur l’utilisation de matériaux naturels, l’objectif de Manu est de faire « pousser » des maisons comme un fermier ou agriculteur le ferait avec des légumes ! Un projet merveilleux.

Auroville est un incubateur d’idées et d’innovations, un pôle d’échange et de partage, un réacteur d’envie et d’inspiration. Après ces rencontres incroyablement enrichissantes, j’ai poursuivi mes aventures à la découverte du sud de l’Inde : Madurai et son mythique temple hindou puis Kânyâkumârî, l’extrême sud du pays où l’on peut observer le lever et le coucher du soleil. Du moins, c’est ce que la légende raconte… j’étais cloué au lit avec la crève !

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