Les Incroyables Rencontres du Panama!

J’ai quitté le Costa Rica par la côte Caraïbe pour rejoindre le Panama. On m’avait prévenu que le passage de la frontière Panaméenne serait long et compliqué, même avec un guide ! Malgré un départ tôt le matin, la foule est dense et l’attente au soleil interminable. Entre les formulaires et les contrôles, il faut passer par 4 bâtiments différents et changer 3 fois de guide pour pouvoir sortir vainqueur de cette épreuve ! Une fourgonnette Tunning attendait notre groupe sous un pont. Les plages de sable blanc de Bocas del Toro et ses Changemakers, ça se mérite !

Un petit coin de paradis !

Je ne vous parlerai pas de l’archipel paradisiaque de Bocas del Toro, de ses petites îles inhabitées que l’on peut explorer en bateau, des étoiles de mer peuplant ses eaux turquoise et des expéditions dans la jungle pour trouver des noix de coco. Plutôt que de vous en parler, j’ai choisi de vous montrer quelques photos !

Le Village en Plastique, c’est Fantastique !

Quand j’ai demandé aux locaux s’ils connaissaient des « Changemakers », tous m’ont conseillé d’aller visiter le « Château de Plastique ». Difficile de comprendre ce qu’il en était vraiment, je suis donc parti à l’aventure un matin. J’avais réussi à contacter le propriétaire qui avait accepté volontiers de me faire visiter son domaine. En quittant l’auberge de jeunesse, j’ai croisé Arturo, l’un des résidents, qui m’a salué et demandé où j’allai. Je lui ai parlé de mon rendez-vous au château et ça l’intéressait aussi. Nous avons donc marché ensemble en direction du « Village de Bouteilles Plastiques ».

Le « Roi » Robert Bezeau est un sacré personnage. Ce retraité d’origine canadienne s’est installé à Bocas del Toro en 2009. Le problème de cette île, comme de nombreuses autres, c’est qu’elle attire énormément de visiteurs. Qui dit tourisme dit consommation, et qui dit consommation dit déchets… beaucoup de déchets. Et malheureusement, les visiteurs ne repartent pas avec !

Face à la vague de déchets plastique qui inonde Bocas Del Toro, il a lancé en 2012 un programme de collecte dans la nature ainsi qu’une opération de tri des poubelles de l’île. En un an et demi, il a récupéré plus d’un million de bouteilles plastique ! Pour montrer que les déchets ont une valeur, il a construit sa maison en plastique ! Les murs sont conçus à l’aide de panneaux grillagés remplis de bouteilles plastiques, puis recouvert d’une couche de béton. Grâce aux propriétés isolantes de l’air enfermé dans les bouteilles, cette maison n’a pas besoin de climatisation. Et sur cette île où la température moyenne est supérieure à 30°c toute l’année, c’est une énorme économie d’énergie et d’argent ! Un projet de village conçu de cette manière est en cours et quelques maisons ont déjà vu le jour.

Robert a transformé sa première maison de plastique en un immense château où il accueille et sensibilise les curieux. Histoire du plastique, problèmes générés et solutions applicables, il est incollable sur tous ces sujets qu’il aborde en alternant sérieux et humour.

Il propose aussi un service d’hébergement éco-responsable plutôt atypique qui ne manquera pas de sensibiliser les locataires : 3 nuits dans la « Prison de Plastique » pour qu’ils se repentent de la pollution qu’ils ont précédemment causée puis 1 nuit dans la « Suite Royale du Château » pour un nouveau départ ! Rassurez-vous, les conditions carcérales sont plutôt sympas : bar et piscine à côté des « cellules » dont vous avez les clefs ! Et les plages de sable blanc ne sont pas très loin…

Son projet ne s’arrête pas là. Il est en train de concevoir un modèle de bouteilles empilables et attachables entre elles, comme des LEGO ! Décidemment, ce jeu de construction inspire de nombreuses initiatives d’UpCycling.

Si l’ensemble des boissons étaient vendus dans ce type de bouteille, ces dernières ne seraient plus jetées mais réutilisées directement comme matériaux de construction. Redonner de la valeur au déchet, en voilà une belle illustration !

Qu’est ce que l’on attend M’sieurs Dames de chez Coca?

Avant de repartir avec Arturo, le roi Robert nous a proposé de rendre visite à ses animaux de compagnies au centre de la propriété. « Ils s’appellent Coco et Cola, criez leur nom et ils viendront vous voir tout de suite. » Effectivement, après les avoir appelés, deux magnifiques Caïmans ont traversés le plan d’eau à toute vitesse pour venir à notre rencontre ! Impressionnant ! J’avais été naïf de croire qu’un roi s’en tiendrait aux caniches…

Coco et Cola ! Je ne me suis pas trop approché…

Arturo, le Changemaker au Grand Coeur

Pendant la grosse demi-heure de marche pour retourner à l’auberge de jeunesse, nous avons discuté d’écologie avec Arturo et il m’a parlé de son parcours. Après ses études d’Ingénieur en Environnement, il s’est engagé comme volontaire auprès de Peace Corps, un organisme américain dont le but est de « servir le monde et la paix ». Les volontaires sont envoyés dans un pays en développement pour apporter leurs compétences dans différents domaines, de l’agriculture à l’éducation en passant par l’environnement. Cet engagement n’est pas à prendre à la légère car les missions durent 27 mois, loin de tout le confort que l’on juge indispensable…

Arturo est très humble. Il s’estime chanceux d’avoir des bonnes compétences en ingénierie et il s’est engagé pour les partager avec ceux qui en ont le plus besoin. La communauté indigène Pumona de la région de Bocas Del Toro, avait besoin de support pour mettre en place un accès à l’eau potable. Arturo a été choisi pour leur apporter de l’aide. Ensemble, ils ont installé un robuste système de filtration, simple et efficace: l’eau passe dans une cuve béton remplie de pierres de différentes tailles qui vont piéger les particules polluantes. Pour construire ce système, la communauté a du porter à dos d’homme l’ensemble des matériaux jusqu’à la source. 40 sacs de ciments, 80 blocs bétons et une quantité incroyable de pierres . Un travail titanesque!

Après 2 ans d’accompagnement, il s’efface tout doucement du projet pour que cette réalisation soit celle de la communauté et non la sienne. Comment il aime à le répéter, il n’est ici que pour « aider et servir ». Selon lui, pour qu’un projet puisse aboutir, il doit venir de la communauté. C’est d’ailleurs eux qui ont fait le choix de la technologie de potabilisation. Il m’a aussi avoué qu’au début de sa mission, il pensait apporter énormément à la communauté. Il s’est vite rendu compte qu’il recevait bien plus de leur part. Une formidable expérience de vie.

Cette conversation était tellement intéressante que l’on a dû rebrousser chemin deux fois pour arriver à l’auberge de jeunesse ! Arturo m’a alors proposé d’aller surfer un spot sympa. Avec la réputation des vagues de Bocas, impossible de refuser. Pour rejoindre ce spot, nous avons dû prendre un bateau-taxi faisant la liaison entre les différentes îles. Ce dernier nous a abandonné au beau milieu de l’océan, près d’un pic rocheux, avant de nous demander « dans combien de temps je passe vous chercher ? ». Pour moi la situation était complètement dingue mais nous n’étions pas les seuls à nous faire larguer en route ! Les vagues étaient vraiment sympa et deux heures plus tard, notre chauffeur était de retour. La vie sur cet archipel était incroyable !

Le spot de la Punta ! Et non, ce n’est pas moi… (credit: Carlos Andres Higuera Gaviria)

Sur le chemin du retour, Arturo m’a proposé de lui rendre visite pour rencontrer la communauté Pumona et sa « famille d’adoption ». Ai-je vraiment besoin de vous dire quelle a été ma réponse ?!

A la rencontre de la Communauté Pumona

Quelques jours plus tard, je quittais l’île de Bocas del Toro pour rejoindre la Communauté. C’était une véritable expédition. Arturo m’avait envoyé les indications pour pouvoir atteindre cette destination qui n’est indiquée sur aucune carte. On se serait cru dans un film d’Indiana Jones !

J’ai pris un mini-bus pendant environ 2 heures puis demandé au chauffeur de me déposer près d’une station-service. De là, je suis monté dans un « collectivo » , une sorte de mini-bus, pour rejoindre une petite ville portuaire. Il fallait ensuite que je me rende dans l’arrière-boutique d’un magasin plutôt sombre… Au fond de ce dernier se trouvait un ponton donnant sur une immense baie. Improbable ! Sans ses indications détaillées, je pense que je n’aurai jamais trouvé !

Arturo m’avait donné le nom du capitaine de lancha (bateau à fond plat), Dario, que je devais rencontrer pour effectuer la traversée jusqu’à la communauté. J’étais le seul étranger et j’avais l’impression que personne ne parlait espagnol mais différents dialectes indigènes. Le dépaysement était total et j’avais du mal à cacher mon sourire ! Je me suis installé dans la lancha au milieu des locaux et le Capitaine Dario s’est lancé dans la traversée de la Baie. Nous avons remonté l’une des rivières qui serpente au travers de la végétation. Les gens descendaient du bateau au fil de notre avancée. Peu avant notre arrivée, nous avons traversé une zone tellement peu profonde que j’ai dû me mettre à l’eau pour aider à pousser l’embarcation. Quelques centaines de mètre plus loin, Arturo attendait sur la berge.

Après avoir déposé mon sac, nous avons fait le tour de la communauté. Il m’a présenté sa famille adoptive qui l’a accueilli à son arrivé chez les Pumona. Ils lui avaient choisi un nouveau nom : Chitikön, « le petit donneur d’amour », car il y a le cœur sur la main. J’avais emmené des bonbons pour les enfants, des chewing-gums avec des décalcomanies. Au bout de quelques minutes, tout le monde était recouvert de tatouages et mes poches étaient vides. J’avais mal aux joues à force de rigoler !

Nous avons poursuivi notre visite du village et j’ai rapidement été rebaptiser : « Jochö öguibu », du nom de la rivière qui longe le village. Il faut dire que depuis que je voyage, personne n’arrive à prononcer « Aurélien » !

Nous avons ensuite marché jusqu’à la communauté voisine puis rebroussé chemin pour préparer le diner : le meilleur burger végétarien du monde, cuisiné sur un petit réchaud à gaz. Un vrai bonheur!

Arturo avait voulu que je rencontre la communauté pour que je puisse voir une autre culture, un autre mode de vie diamétralement opposé. C’est le genre de rencontre qui donne à réfléchir et qui nous force à prendre du recul sur pas mal de choses. Ce cadeau était inestimable.

Arturo a hérité de mon T-shirt de la Water Family, il en est plus que digne

Le départ vers Panama City était prévu à l’aube. Sur le trajet du retour, un ancien assis derrière moi chantait dans une langue inconnue. J’ai croisé des enfants, en costume d’écolier, remontant le cours d’eau en pirogue pour rejoindre l’école. La brume recouvrait les montagnes encerclant la baie. Silencieux, j’ai savouré ces instants et essayé de toute mes forces de les graver dans ma mémoire. Des moments magiques, hors du temps.

2 Replies to “Les Incroyables Rencontres du Panama!”

  1. Encore de nouvelles aventures! il est certain que tu ne rentreras pas indemne de ce périple, si tu rentres un jour…ça nous donnera l’occasion de venir apprendre sur place!! Bon continuation petit poney! Surtout ne sois pas radin avec les photos 😉😚

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