Genèse du projet ou Comment j’en suis arrivé là…

La question qui revient souvent quand je parle de ce projet de Tour du Monde environnemental est la suivante : « Mais pourquoi tu fais ça?».

Pour couper court, non, pas de révélation soudaine ou d’éclair foudroyant. La vraie version est moins sexy, moins radicale. Il s’agit plutôt d’un parcours, d’étapes et de moments clefs de ma vie qui m’ont sensibilisé aux problématiques environnementales et m’ont poussé à initier cette aventure.

Plus fort qu’un Météore, même pas besoin d’Astéroïde !

Revenons quelques années en arrière (environ 15… aïe). Pour planter le décor, j’ai 19 ans, je suis au lycée, en cours de Biologie et c’est l’année du BAC. Pour ceux qui ont déjà calculé :

OUI, j’ai redoublé durant ma scolarité.

NON, nous ne sommes pas dans le jugement

La journée était déjà morose avant que l’on aborde les fameuses « Crises biologiques », sujet passionnant mais dans le Top 10 des plus déprimants.

Petit rappel, une crise biologique c’est lorsqu’un grand nombre d’espèces disparaît brutalement. L’exemple d’extinction massive la plus connue est celle des dinosaures. La légende dit qu’une météorite (et deux, trois autres trucs) les  dégomma tous, sauf Denver et son skateboard, bien entendu. Cela soulève d’ailleurs une question : Le skate peut-il sauver l’Homme d’une nouvelle crise biologique ? Réponse un autre jour…

Non, personne n’aura la peau de Denver!

J’apprends alors que nous serions en train de provoquer la 6ème Grande Extinction. Par ses activités, l’Homme est en train de provoquer des modifications importantes, et pas vraiment positives, sur l’environnement terrestre. Bienvenue dans l’Anthropocène, ère de l’Homme où nous n’avons même plus besoin de météorite pour tout exterminer. Il semblerait que nous ayons appris à nous débrouiller tout seul comme des grands !

Imaginez mon état : je suis à quelques mois du BAC, j’ai les hormones à bloc et j’apprends que nous sommes en train de nous auto-exterminer… dur.

Une question me hante alors: « va t’on tout faire disparaître avec nous ? » Être responsable de notre propre extinction est déjà difficile à entendre mais le pire pour moi reste d’emporter les autres espèces dans notre folie. J’étais donc soulagé d’apprendre que la réponse était non. La Terre s’est systématiquement remise de ces crises et la vie n’a pas disparue. Ouf !

Si je vous en parle, c’est que ce moment m’a vraiment marqué. C’est un peu comme quand tu apprends que le Père Noël n’existe pas ou que tu n’es pas immortel comme Highlander. La prise de conscience est brutale.

Nos actions ont des conséquences et pas uniquement pour nous. Je l’ai pris comme un avertissement avec malgré tout, une lueur d’espoir. Si l’Homme est capable de déclencher une crise, il doit aussi être capable de l’enrayer…

La Terreur des Nana Invisibles, le Cauchemar des Vania Ultra

Originaire de la Côte Basque, j’ai passé toute mon enfance à barboter dans la baie de Saint Jean-de-Luz. Comme toutes les stations balnéaires, nous n’avons pas échappé à notre lot de pollutions marines.

Ma mère, originaire de Brest Beach, avait une technique imparable pour que l’on se nettoie les pieds après avoir marché sur des boulettes de pétrole: frotter avec du beurre. La légende veut que ce soit avec du beurre breton demi-sel… Il faut dire que question nappes de mazout, la Bretagne n’a pas vraiment été épargnée.

Mais ce qui est le plus ancré dans ma mémoire c’est la soupe de plastiques ! Très tôt, j’avais appris deux techniques élémentaires de survie :

  • nager en slalomant pour les esquiver
  • serrer les dents dès que je buvais la tasse pour éviter d’avaler les morceaux

Par contre, impossible de faire la distinction entre méduses et sacs plastiques quand on jouait dans l’eau. Je passerai sous silence les scènes de panique pas vraiment glorieuses quand nous sentions quelque chose s’enrouler autour de nos jambes… Pour nous, ce n’était pas spécialement agréable, imaginez alors pour les poissons qui en mangeaient par erreur…

Campagne de sensibilisation Surfrider Fondation Europe

Pour remédier à ce problème, en plus du système de surveillance et de ramassage des nappes de déchets flottants au large, la ville de Saint-Jean-de-Luz a installé dans la baie des filets anti-pollution à 300 mètres du bord de plage.

J’ai passé l’été de mes 18 ans à travailler sur le bateau assigné au nettoyage de ces filets et à la traque des déchets ayant échappé au dispositif. Sillonnant les mers, armé de ma salabarde (grande épuisette), j’étais devenu la terreur des sacs plastiques, serviettes hygiéniques et parfois même seringues. Que du bonheur !

Non… Ne me dites pas qu’il va nous raconter son CV ?!

Je dois vous l’avouer, mon parcours universitaire s’est majoritairement construit autour d’opportunités, plus que de choix personnels. L’un de mes meilleurs amis était parti à Bordeaux, pas trop loin du Pays, et venait de terminer sa première année de DUT Mesures Physiques. Je lui ai demandé « C’est bien ? », il m’a dit « Ouais, c’est cool », j’ai répondu « OK, j’arrive ».

Après l’obtention de mon diplôme, mes profs m’ont demandé «Ça te dit de rentrer en Ecole d’Ingénieur ? », j’ai dis « ouais, pourquoi pas » et ils m’ont répondu « OK, on t’inscrit ».

Mon 1er vrai choix personnel a été d’orienter mes études vers l’Environnement. J’ai choisi des stages dans le traitement des eaux usées et j’ai fini par me retrouver à travailler à l’autre bout du monde dans la plus grande station d’épuration de Nouvelle Zélande. J’y ai beaucoup appris, fais des rencontres fabuleuses et attrapé le fameux virus du voyage…

Un an après, je rentrais en France pour trouver du boulot dans ce domaine. La crise de 2009 était passée par là et le marché de l’emploi était en berne. A force de recherches, on m’a proposé d’élargir mon champ de compétences et de travailler pour VEOLIA dans la collecte de déchets industriels. L’opportunité était belle, le boulot avait l’air intéressant, c’était à Bordeaux, je ne restais pas trop loin de la triplette Famille/Amis/Océan. « What else ?» comme dirait l’ami Georges.

Après cinq ans, plus de 500 000 tonnes de déchets collectés, et pleins de nouveaux potes, j’ai quitté l’agence pour intégrer la famille SARPI, filiale de VEOLIA. L’usine SIAP, toujours dans la région de Bordeaux, y traite les déchets dangereux de la  région mais aussi de contrées lointaines. Me voilà de retour dans la technique et le process. Le boulot était fascinant, pointu, et particulièrement chronophage ! Un travail de passionné qui m’a énormément appris autant humainement que techniquement. Mettre les mains dans le cambouis était quotidien et pas besoin d’attendre Carnaval pour se déguiser en Walter White, le chimiste de « Breaking Bad », avec la combinaison jaune canari et le masque intégral de protection respiratoire. La classe !

Pareil que Walter, mais sans la Bière

Après quatre ans, environ 350 000 tonnes de déchets dangereux traités et encore pleins de nouveaux potes, j’ai quitté l’usine SIAP pour me lancer dans ma propre aventure.

Aller hop on y va, en route pour l’aventure !

Ma décision de faire le tour du monde était déjà prise depuis près d’un an. Pendant cette période, j’ai eu l’occasion de faire des rencontres qui ont fait murir ce projet.

Tout d’abord, Jean-Louis Etienne, explorateur au destin incroyable, qui fut le premier homme à atteindre le Pôle Nord en solitaire dans les années 80. Un mental de l’espace! A 72 ans, il continue de monter des expéditions extraordinaires à but scientifique et environnemental. Jetez un œil à sa prochaine aventure, « Polar Pod », c’est fascinant ! Il y a une phrase de l’un de ses livres à laquelle je pense tous les jours : « Persévérez sur la voie de vos rêves, même si le chemin paraît difficile». Dans les moments de doute, il faut se souvenir du rêve originel, s’y raccrocher. Merci Jean-Louis !

J’ai aussi eu l’occasion d’assister à une présentation du projet « Plastic Odyssey ». Pour faire court, c’est une équipe de quatre jeunes ingénieurs qui veulent transformer les déchets plastiques en carburant pour bateau ! L’objectif : aller sur les côtes les plus polluées du globe pour donner aux populations locales les moyens de collecter et transformer le déchet en ressource avant qu’il ne finisse à la mer. Le concept est juste génial. « Faire du déchet une ressource », cela me rappelle un certain slogan… Le prototype de pyrolyseur permettant la transformation du plastique est co-développé par SARPI, mon ancienne boite. Le départ de l’aventure est prévu pour 2020. Il me tarde de suivre leur expédition !

Rencontrer ces aventuriers fait rêver, d’autant plus qu’ils partagent la même sensibilité environnementale. Alors quand je me suis demandé comment donner du sens à mon voyage, je n’ai pas cherché bien longtemps. Après avoir investi beaucoup de temps professionnel aux métiers de l’environnement, il est temps que j’y consacre un peu de temps personnel ! Aller à la rencontre des acteurs du changement et découvrir les nombreuses initiatives dans ce domaine tombent sous le sens.

En me lançant dans cette aventure, je me dis que moi aussi, à mon petit niveau, je peux contribuer à la cause et faire parti de ces quelques gouttes d’eau qui peuvent engendrer la vague du changement…